11/12/2025

Feuille de route pour une initiative internationale en R&D de l'IA avancée

La course mondiale au développement de l'IA avancée est entrée dans une nouvelle phase, marquée par des investissements colossaux, des avancées techniques fulgurantes et une compétition géopolitique de plus en plus vive. Les États-Unis contrôlent aujourd'hui environ 75 % de la capacité de calcul mondiale consacrée à l'IA, la Chine 15 %, et l'Union européenne 5 %. Cette concentration géographique et économique de la puissance de calcul, conjuguée à celle des talents, des données et des modèles d'IA, laisse penser que les puissances intermédiaires, en Europe et dans le monde, se heurtent vraisemblablement à des obstacles importants pour développer des IA de pointe. Dans le même temps, ces IAs sont déployées rapidement dans tous les secteurs de la société. Les États incapables de développer leurs propres modèles de pointe ou d'accéder aux ressources nécessaires pour les entraîner devront choisir entre dépendance croissante et perte de puissance :

  • Si ces États déploient les systèmes d'IA américains ou chinois, ces derniers pourront utiliser et renforcer leur position privilégiée, par exemple en exfiltrant des données, en restreignant l'accès aux services, en intégrant leurs valeurs et priorités dans les modèles de fondation, ou en imposant des conditions commerciales défavorables.
  • Si, à l'inverse, ces États limitent leur adoption des systèmes de pointe pour échapper à la dépendance, elles pourraient prendre du retard sur les puissances de l’IA qui exploiteront cette technologie pour réaliser des percées décisives en termes de productivité économique, de découvertes scientifiques, et de capacités militaires..

Pourtant, ces puissances intermédiaires sont dotées de ressources qui, mises en commun, leur permettraient de contester ce statu quo. En coopérant et en choisissant stratégiquement leurs approches de développement, ces puissances relais peuvent développer des modèles de pointe compétitifs :

  • Premièrement, la mutualisation des infrastructures de calcul peut soutenir un passage à l'échelle. Un déploiement coordonné des capacités de calcul européennes et d'autres puissances relais — existantes ou accessibles à court terme — devrait fournir des ressources computationnelles suffisantes pour produire des modèles d'IA de pointe dans les prochaines années, même si des investissements nettement plus importants seront probablement nécessaires pour suivre l'évolution de cette frontière.
  • Deuxièmement, une part significative des meilleurs talents en IA est liée à ces puissances relais. 87 des 100 chercheurs en IA les plus cités sont originaires de pays autres que les États-Unis et la Chine ou y travaillent actuellement. Ces puissances pourraient inciter les chercheurs de premier plan à revenir si elles disposaient d'une projet alliant une vision mobilisatrice, des ressources suffisantes et  une trajectoire de développement éthique.
  • Troisièmement, si la majeure partie des données utilisées pour entraîner les modèles de pointe est déjà publique, les puissances relais pourraient mutualiser des données sectorielles ainsi que les ressources nécessaires au nettoyage et à l’annotation des données.
  • Quatrièmement, les puissances relais devraient faire des paris stratégiques sur le développement de pointe, en s'appuyant sur des infrastructures numériques partagées (par exemple pour le pré-entraînement) et des efforts de R&D concentrés sur des domaines prometteurs qui ne reposent pas sur une course à l'échelle, afin d'atteindre la frontière technologique puis de la faire progresser.
  • Cinquièmement, le développement d'une IA fiable répond à un besoin du marché encore insatisfait où les puissances relais disposent d'avantages structurels. Avant tout déploiement à grande échelle, les secteurs à haute valeur ajoutée exigent une maîtrise des outils d'IA et une confiance dans leur fiabilité. Les puissances relais peuvent se positionner en tiers de confiance grâce à leurs régimes de protection des données robustes, à la solidité de l'État de droit et à une gouvernance réactive, accélérant ainsi une adoption durable.

Un partenariat multinational permettrait à ses membres de préserver leur souveraineté, de peser davantage dans la gouvernance mondiale de l'IA et d'exercer un leadership fondé sur une gestion éthique. Des précédents de projets multilatéraux comparables existent, à l'image du CERN ou d'Airbus, et les capacités nécessaires peuvent être réunies. La question est donc de savoir si les puissances intermédiaires agiront de manière décisive avant que les dépendances et que l’écart technologique ne se creusent.

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